1980

DOSSIER PLOGOFF

un film de François Jacquemain
Production : C.I.D.
Langue : Français
Image : Couleur
Son : Mono
Format : 16 mm, DCP

Les habitants de Plogoff ne veulent pas que la Bretagne déjà laissée pour compte du développement devienne la poubelle de la France par l’implantation d’une centrale nucléaire. Tous les soirs, à l’heure des « vêpres », ils s’opposent aux C.R.S.

Fin des années 1970 après Jésus-Christ. Toute la Gaule est mise au pas de la suprématie de l’énergie nucléaire et de son monde. Toute ? Non ! Car un village peuplé d’irréductibles bretons.nes résiste encore et toujours à l’envahisseur et son projet de centrale. Et la vie n’est pas facile pour les garnisons de gardes mobiles des camps retranchés alentour. Ainsi, sans potion magique mais avec pierres, cris et recours administratifs, les habitants de Plogoff défient consciencieusement l’État Français.

Dans Le dossier Plogoff, réalisé par François Jacquemain en 1980, leurs gestes et leurs mots enjambent quelques décennies pour venir nous offrir une indispensable caisse de résonance aux luttes actuelles contre tous les saccages environnementaux. Ceux-là même qui, à Plogoff hier et ailleurs aujourd’hui, sont servis sur leur lit d’exactions diverses et perpétrés avec ferveur par les États et leurs fidèles nervis, comme autant d’offrandes au Dieu croissance.

Le Dossier Plogoff de François Jacquemain – Ciné Information Documents – Synaps – ISKRA est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons BY-NC-ND 2.0 France 2017 (Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale [lucrative] – Pas de modifications)

INTERVIEW DUALISATEUR, FRANÇOIS JACQUEMAIN

- Peux-tu nous raconter ton itinéraire politique ?

Je suis entré aux jeunesses communistes à 12 ans, en 1948. Il n’y avait pas beaucoup d’options à l’époque. C’était une domination quasi-totale du PCF sur la vie politique. La bourgeoisie avait désigné le PCF comme le principal ennemi, il paraissait donc logique d’y entrer. Les JC de l’époque étaient cons et ennuyeux. Beaucoup se faisaient des illusions sur ce qu’étaient le PCF et l’URSS. Je n’étais donc pas totalement convaincu. Malgré tout, j’ai eu la chance de rencontrer des gens intéressants et de visiter beaucoup de villes. Je me suis fait exclure deux fois parce que j’aimais le jazz, je trainais à Saint Germain, j’avais les cheveux long, et je faisais la fête. C’était mal vu. Dans les années 1950 ça ne se faisait pas trop. Mais finalement on me réintégrait à chaque fois, mais dans une autre section. J’ai abandonné les beaux-arts que j’avais intégré quelques années plus tôt rapidement, pour me consacrer à la politique. En 1956, avec l’invasion de la Hongrie, j’ai commencé à comprendre ce qui n’allait pas dans le parti. Il y a eu le rapport Kroutchev aussi, qui a été publié dans Le Monde, mais pas dans L’Humanité. Bref un aveuglement total sur l’URSS. J’ai rendu ma carte. Mais en 1961, au moment de la création de l’OAS, j’ai repris du service. Les anciens dirigeants disaient que le fascisme était à nos portes. De Gaulle, les parachutistes… Il fallait réorganiser le parti de manière clandestine, au cas où il y aurait un coup d’état. J’ai remonté le parti dans un village à la campagne, mais en 1963, je suis parti définitivement. Entre-temps, le paysage politique avait changé, le PCF se faisait doubler sur sa gauche. Quand je suis rentré à Paris, Georges Marchais m’a donné un logement dans une cité de la Courneveuve. On m’a chargé de la direction d’un centre culturel et je devais organiser un programme. J’ai proposé de faire un ciné-club de films révolutionnaires, mais ça n’a pas plu. A l’époque, il y avait des bandes de loubards en banlieue. Des blousons noirs. Je voulais qu’on leur prête des caméras, pour qu’ils fassent du cinéma eux-mêmes, sur leur vie. On avait des contacts avec eux. Ils venaient aux manifs avec nous pour taper sur les flics. Et puis au début des années 1960 c’était la réapparition du gauchisme. Une multitude de chapelles ont commencé à émerger. Des trotskistes. Des anars. Les maos. Des groupes autonomes. Et puis l’internationale situationniste. Je les avais fréquenté à l’époque des lettristes à Saint-Germain, dans les années 1950. Mais à l’époque ils parlaient plus d’art que de politique et moi, j’avais précisément arrêté les beaux-arts pour faire de la politique. Ce n’est qu’à partir de 1962, quand les artistes ont été exclus, qu’ils se sont concentrés sur la politique. Et là, ça me semblait vraiment intéressant. Ça se sent dans le cinéma de l’IS.

- Concernant le cinéma qu’est-ce qui a changé avec mai 1968 ?

Avant 1968, je me suis intéressé au cinéma sur le plan de la diffusion des idées. Mais avant 1968, il n’existait pas grand-chose. Un groupe de cinéma militant d’obédience trotskiste, dont j’ai oublié le nom. Marin Karmitz, qui commençait à s’intéresser à ça aussi. Malheureusement il était mao. Chris Marker, qui commence les expériences collectives en 1967. Bref, en 1968, il y a les états généraux du cinéma. C’est vraiment le déclencheur du cinéma politique. Suite à ça, il s’est constitué un groupe chargé de faire et de distribuer des films contestataires. Car aux états généraux, on avait décidé du tournage de 90 000 mètres de pellicules pendant mai 1968. C’était un opérateur, Jean Charvein qui chapeautait la chose. On se retrouvait chez lui. Des anars, des trostkistes, Godard et compagnie. Une cinquantaine de personnes. J’ai pris des copies de films pour les diffuser en faisant un tour de France. Des films interdits. Les flics mettaient la pression, alors je suis parti quelques années en Algérie, car ça se bougeait dans le tiers-monde. Quand je suis revenu, je me suis intéressé à l’écologie. C’était l’époque de la campagne de René Dumont. Le début des années 1970. Ça commençait à montrer les préoccupations environnementales, alors qu’avant, les gauchistes ne s’intéressaient pas à ça. J’avais des contacts avec la section des travailleurs atomiques de la CFDT. Ils voulaient faire un film sur l’usine de retraitement de La Hague. A l’époque le CEA était en train de tout privatiser, et la CFDT craignait pour les conditions de travail et de sécurité. Ce qu’il faut dire, c’est qu’a l’époque, la CFDT n’était pas comme aujourd’hui. C’était un vrai syndicat offensif, autogestionnaire, et réellement critique. Notamment la SNPEA, la section des travailleurs atomiques.

C’était vraiment des gens très calés sur le sujet, des contre-experts. Et très anti-nucléaires. En plus, ils avaient une réelle importance dans l’usine. À La Hague, sur 1000 ouvriers, 350 étaient syndiqués CFDT. Donc on a fait un film avec eux. Ils l’ont financé. J’ai monté une équipe technique, et on a filmé avec les ouvriers. Comme nous ne pouvions pas rentrer dans l’usine, nous avons recréer le décor ailleurs, dans une laiterie à proximité. Condamnés à réussir est sortie en 1976. Les ouvriers étaient très contents. La direction CFDT un peu moins, ils craignaient un film trop gauchiste, trop écolo, trop anti-nucléaire. Ils avaient peur qu’on critique l’outil de travail ! Ce qui était effectivement le cas, mais il ne faisait que décrire la réalité. Nous n’avons pas fait un film neutre – 5 minutes pour le CEA, 5 minutes pour les écolos. Nous avons fait un film avec les ouvriers, et du point de vue des ouvriers. Sur ce point, on ne pouvait rien nous reprocher. On l’a traduit dans une dizaine de langues, et diffusé partout dans le monde.

- Tu t’intéressais au nucléaire à l’époque ?

Pas du tout. Mais si je considérais toujours que le problème était celui du système économique (capitaliste occidental ou capitaliste d’état bureaucratique à l’Est), disons productiviste, j’ai commencé à prendre en compte l’importance de l’énergie (ce qui alimente ce système et fait tourner la machine), et notamment du nucléaire, qui a une place énorme en France. Sur le nucléaire, et la chimie aussi, ce qui m’a semblé insupportable, c’était que c’était des choses quasi éternelles. Leur impact. Toutes les générations futures, et pourquoi pas, tout le projet révolutionnaire à venir, en sera entaché. Il faudra gérer les déchets. Faire attention où on marche. Ce qui implique que la future société, même si on parvient à renverser le pouvoir, sera obligée d’avoir des systèmes de contrôle, de flicage… Un système centralisé. Ils sabotent par avance le projet. C’est une politique de la terre brûlée. Plus rien ne pourra jamais y pousser. Regarde Fukushima. On ne peut tout simplement plus y aller. Ils assurent à jamais leur pérennité. Après Tchernobyl, un groupe anti-nucléaire écrivait « On a ainsi ôté aux hommes la capacité de modifier leur sort. Ce qu’aucun tyran n’avait jamais réussi : imposer sa domination pour 24 000 ans (c’est la demi-vie du plutonium 239), le nucléaire y est parvenu. L’histoire ne pourra plus se faire sans tenir compte de ce cadeau empoisonné, de cette tunique de Nessus passée à l’humanité. » C’est anti-liberté par essence. Et ça, c’était une idée insupportable.

- Donner la caméra aux ouvriers c’est un peu l’idée de Chris Marker, du groupe Medvekine et Dziga Vertov ?

Ce n’était pas exactement ça. J’ai toujours pensé que filer des caméras à des gens pour filmer leur vécu était idiot. J’ai voulu le faire avec les blousons noirs, car ils avaient un vécu particulier. Ils auraient pu améliorer leur quotidien, mettre des mots sur leur révolte. Et plutôt que d’être des rebelles sans cause, connaître leur ennemi. Le cibler. Contre quoi on se bat. C’était surtout une idée du plus con des suisses pro-chinois de filer des caméras à tout le monde, et tout le monde ferait des films magnifiques sur sa vie. C’était une connerie monumentale. Puisque aujourd’hui, tout le monde à une caméra, et personne n’en fait rien. Pour moi, le cinéma est un moyen de propagande. Le cinéma, les diffusions, pouvaient permettre le dialogue et l’organisation des gens entre eux. On ne fait pas du cinéma militant comme marchandise contestataire à consommer. Le spectateur ne vient pas consommer de la critique. On fait de la politique.

- Quel est le lien entre ton premier film sur les travailleurs du nucléaire et la lutte de Plogoff ?

Le film Condamnés à réussir a été très bien diffusé. On a fait le tour d’Europe. On a été aux États-Unis, on a rencontré des japonais et des gens partout dans le monde. À la suite de ça, on m’a proposé de faire un film sur l’énergie. Un projet titanesque que je n’ai jamais fini. Tout ce que j’ai découvert à l’époque, en 1979, est en train de se confirmer aujourd’hui. Les multinationales qui achètent des terres arables. Le fric investi dans le développement du renouvelable. Bref, en 1979 il y avait Plogoff. On a fait un petit reportage sur Plogoff qui devait s’intégrer au film sur l’énergie. Le comité d’action de Plogoff nous a donné les moyens de bien tourner. On a été introduit par des bretons. Des autochtones. On ne pouvait pas pénétrer dans Plogoff, il y avait des barrages de gendarmes mobiles, c’était l’état d’urgence. Impossible de pénétrer sur la presqu’île. Donc on est passé par la mer. On est arrivé en bateau par la mer, avec des accréditations de la télé suédoise. Là bas on nous a prêté une maison. La maison de l’institutrice qui était en vacances. On est resté une semaine et on a beaucoup tourné. Quand on est rentré à Paris on s’est rendu compte qu’on pouvait faire un film. On y est retourné par la suite pour compléter ce qu’il nous manquait. En 1980 il y avait des fêtes de jumelage entre le Larzac et Plogoff. Il y a eu une grande fête sur le cap Sizun. On a présenté le film devant 100 000 personnes. Le film Des pierres contre des fusils n’était pas prêt. Ils n’en ont montré que des extraits. Le comité d’action a apprécié le film. Ils cherchaient un support pour diffuser partout en France et créer des liens ailleurs.

-Pourquoi Le dossier Plogoff n’a-t-il jamais été diffusé après ?

En 1981 Mitterand arrive au pouvoir et arrête le Larzac et Plogoff. Toute la mobilisation s’est effondrée. De même pour les systèmes de diffusions de films qui reposaient sur des gens qui, lorsque Mitterand est arrivé ont cru qu’il n’y avait plus de soucis à se faire. Pour le nucléaire c’est différent car la fin du mouvement anti-nucléaire c’est Malville en 1977. Mais là c’était la répression qui en est venu à bout. Un mort ça calme. Contrairement à l’Allemagne ou ça a continué mais pour des raisons différentes. Déjà le nucléaire faisait terriblement peur par son pouvoir de destruction. Et ensuite l’absence de parti communiste a obligé les allemands à s’organiser de manière autonome, plus librement et avec une pensée plus moderne. En France la liaison gauchiste/écologie a été compliquée. La gauche est restée sur un schéma marxiste de développement industriel classique. Plogoff a été un heureux événement, mais somme toute un feu de paille qui s’est éteint au lieu de se propager en 1981. Ce que Mitterand a fait c’est un coup politique pour arrêter la contestation. Et il a intégré les parties les plus molles de la gauche au pouvoir. La CFDT par exemple. Il crée l’Agence Française pour la Maitrise de l’Énergie (AFME) qui s’est chargée de centraliser tout un tas de choses que Giscard avait crée. L’AFME regroupait le commissariat à l’énergie solaire, l’agence pour l’économie des énergies et un service des matières premières de l’industrie. Il a confié ça aux dirigeants anti-nucléaires SNPEA de la CFDT, qui s’est écrasée sur le sujet à partir de ce moment. Tout ces gens, radicaux, et contre-experts du nucléaire se sont retrouvés dans cet organisme du gouvernement. Ils avaient sorti un énorme livre contre le nucléaire extrêmement bien documenté. Ils étaient écolo. Et Mitterand leur a filé la direction. Plutôt que de favoriser le renouvelable local, ils ont essayé de le développer de manière industrielle. Ils étaient chargés de faire des économies dans l’industrie (plutôt que de remettre en cause l’industrie !) et développer la recherche dans le renouvelable industriel. De toutes façons tout ça on le savait. Quand j’ai fait Condamnés à réussir en 1976, une personne me disait que le solaire aux USA recevait énormément de crédit de l’industrie. Que les débouchés allaient être incroyables. Bref tout le discours sur les alternatives a été récupéré par l’industrie. Récupéré parce qu’on a intégré les contestataires d’hier à la gestion de demain. Pour faire de l’éolien industriel il faut des ingénieurs aériens (pour calculer les pâles, la prise au vent), pareil pour le photovoltaïque. Ça n’a rien à voir avec une énergie locale et réappropriable par chacun.

- A l’heure où le renouvelable perd parfois de sa dimension « alternative » pour devenir une source de profit comme une autre, quel regard jettes-tu sur le plan Alter-Breton et la place du renouvelable dans le discours de certains des opposants de Plogoff ?

Le plan alter-breton était un projet énergétique pour la Bretagne développé par le PSU (Parti Socialiste Unifié) où l’on retrouvait beaucoup de militants de la section atomique de la CFDT. Bien que faibles électoralement, ils étaient bien implantés en Bretagne, et participaient activement à la lutte. En défendant l’autogestion, ils ne pouvaient qu’être contre l’aspect centralisateur du nucléaire. En revanche ils n’étaient pas contre la technologie en soit, ce qui les distinguaient des écolos. On retrouve donc cet aspect moderniste dans le plan Alter-Breton. Leur discours était de dire « nous critiquons le nucléaire mais nous avons des solutions pour le remplacer ». Et ils étaient très forts. Ils arrivaient à contredire les experts du nucléaire, et à faire des propositions présentables. Mais à l’époque, le renouvelable n’était pas développé comme aujourd’hui. Le fait de s’être placés comme interlocuteurs convenables (avec des propositions, pas comme simples opposants), et comme contre-experts présentables, a permis une récupération. Mais, comme je le disais précédemment, à partir du moment où ces gens sont rentrés au gouvernement, c’en était fini de nos utopies. Mais c’est une idée logique, ça n’a rien de surprenant même si ça nous a étonnés. Le capitalisme, c’est la destruction de tout ce qui est naturel et gratuit, pour nous le resservir de manière payante et artificielle. Tout détruire, tout marchandiser. Et que cette marchandisation irait un jour jusqu’à l’air que l’on respire, c’était une idée que j’ai comprise dans les années 1970 avec l’écologie. Le combat pour l’environnement est un combat contre le capitalisme industriel. Et ce n’était pas une « externalité négative » – comme on dit en économie – un dégât collatéral, mais une donnée structurelle. C’est comme ça, et ça ne peut être autrement. C’est la structure même du monde marchand. Donc c’était impossible, dans le monde tel qu’il était et qu’il est toujours, de développer une production autonome. Mais ce plan Alter-Breton plaisait aux bretons car ils étaient très régionalistes. Ça ne plaisait pas toujours aux écolos ou aux gauchistes. Et forcément, le nucléaire, son fonctionnement centralisé (développé par l’Ecole des Mines, défendu par l’armée…), ne plaisait pas aux bretons. C’étaient les parisiens. L’élite parisienne qui débarquait et s’appropriait le territoire. C’était mal vécu. À ce propos, j’ai des anecdotes amusantes. Au début de la mobilisation, c’étaient des flics bretons qui occupaient la ville. Les femmes de Plogoff avaient une technique de résistance qui consistait à harceler verbalement, toute la journée, les flics. C’était insupportable pour eux. Rester plantés là, toute la journée, sous un déluge d’insultes. Et certaines de ces femmes connaissaient les flics : « tu es un ami de mon fils. Tu étais à l’école avec lui. Tu viens du village d’à côté. Tu veux que j’aille voir tes parents pour que je leur dise ce que tu fais. Ce sale métier ! » Les flics n’ont pas tenu. Ils étaient en larmes. Alors ils ont amené les paras de Mont-de-Marsan qui revenaient du Liban. Eux, au moins, ils n’avaient pas d’état d’âme. Les femmes étaient en tête du combat. Tout le monde était très choqué de voir débarquer tous ces militaires « étrangers ».

- Par rapport à cette idée du « Pas dans mon jardin mais ailleurs, oui » (Not In My BackYard en anglais), as-tu senti une évolution du regard des habitants de Plogoff tout au long de la lutte, voire même une évolution de leur vision quant à l’enjeu du nucléaire, et ce, au-delà de leur lutte ?

Les gens ne sont pas cons. D’abord, pour contester une nuisance, il faut bien commencer quelque part. Ce quelque part peut être là où l’on est. Donc il est normal que les habitants de Plogoff aient contesté la centrale. Ensuite, cette contestation était portée par des gens qui ne faisaient pas forcément de politique. Ils n’y connaissaient pas grand-chose au nucléaire et n’avaient jamais participé à une mobilisation sociale. Donc, ils ont appris sur le tas. Il y avait un aspect régionaliste très fort. Parce que le site de Plogoff ne s’est décidé qu’en 1978, alors que le cap Sizun avait était choisi en 1974. Du coup, pendant cet intervalle régnait un grand flou : où allait se faire la centrale ? Sur quelle commune ? Mais le sentiment régional, le fait d’être breton a créé une solidarité très forte. Les gens des communes voisines, qui n’étaient plus concernés par la centrale après 1978, ont continué à venir soutenir. Ils étaient là aux manifs, aux procès à Brest… Et puis il y a eu des contacts avec plein de mouvements anti-nucléaires. Et le Larzac aussi. Petit à petit ils se sont radicalisés. « Ni chez moi, ni chez l’autre » devenait un mot d’ordre. Une conscience réelle qui se met en place dans la lutte.

Le dossier de presse

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