EX-TAZ citizen ca$h

un film de Xanaé Bove
1 h 37 min
Production : Xanaé Bove
Langue : Français
Image : Couleur
Son : Stéréo
Format : DCP
Versions disponibles : VENG

1987-1994 : Paris nous appartenait, tout était possible… Pour la première fois, les 90s vues de l’intérieur par ses acteurs et activistes. Quand l’Histoire ( des raves parties, du hip hop, du punk hardcore…) rencontre les histoires de Pat Ca$h, Gatsby de la fin 80.

Un avant-goût d’EX-TAZ

« Il ne s’agit pas tant de retrouver PAT Ca$h que de se perdre dans ce Paris –provisoirement- gagné. Ce film est avant tout un hommage aux défricheurs –de l’ombre. Le portrait d’une génération qui s’appropria la ville et déjoua le calendrier des fêtes, créant ses propres lieux, ses propres dates. Un Carpe Diem permanent, célébrant ad aeternam l’instant présent plutôt que le No Future. Un tel sens de l’instant qu’il n’y a quasiment pas d’instantanés, de photos, de vidéos. A part peut-être, PAT Ca$h à minuit, vers Bastille sur des capots de voitures, le Romanesque ne donne pas de rendez-vous ; il se vit. C’est de l’ordre de l’Ineffable, de la fable. »

Xanaé BOVE

Parlons Ca$h !

On pourrait être bons musiciens mais, justement on n’a pas envie de faire l’effort d’être comme tous ces mongoles qui posent sur scène avec leurs instruments pour se faire de la thune.

Pat Ca$h

Dès le lycée, le jeune Pat Ca$h consacre un fanzine au groupe de punks autonomes, Crass. Il hérite de leur gout de l’anarchie et du DIY (Do It Yourself).Tous ses groupes et soirées en seront la preuve en actes.

1986-1987 Dans le sillage de la Malka Family, de Nova et Dee Nasty, Pat Ca$h est un habitué des soirées hip hop, funk de chez Roger qui vident les Bains et décloisonnent Paris. Il se lance dans le hip hop, fait ses graffitis sur ses teeshirts : You got to be you.

1987- 1991 Virage vers le hardcore, genre nouveau, découlant du punk. Pat Ca$h est le batteur du groupe, les Cosmic Wurst. Ils se produisent nus, peints en bleu, jaune… Leur collectif Elastic Crew annexe des salles parisiennes, faisant souffler un sirocco de révolte sur la ville.

1989-1992 Simultanément aux toutes premières raves, Pat Ca$h profite des travaux de Mitterrand pour le bicentenaire pour créer des TAZ. Fidèle complice, Ariel WIZMAN, participe à ses mythiques raves : le chantier sous la Défense, le parking de l’Opéra Bastille alors, en construction. D’autres fêtes sauvages suivront, allant du squat à hôtel particulier.

1991-1992 Loik DURY & Ariel WIZMAN de Nova ; Patrick ROGNANT, Jean-Yves LELOUP et Christophe VIX de FG propagent les infos concernant les raves, y compris celle de Pat Ca$h, enfant terrible adoubé par Actuel (cf article p.18)

1993-1994 Pat Ca$h est récupéré par des tenanciers de boites de nuit, qu’il récupère aussi… L’apogée de la mondanité est la Nuit des Clans organisée par le Clan Campbell whisky, réunissant les huit tribus branchées de Paris, dont celle de Pat Cash. Au moment où les raves perdent de leur fraicheur initiale, Pat Ca$h disparaît, devenant une métaphore de la TAZ, appelée à s’éclipser, une fois trop nommée.

« Tout est politique. »

Pat Ca$h

Topo sur les principaux témoins

« Ce film est avant tout un hommage aux défricheurs – de l’ombre. Le portrait d’une génération qui s’appropria la ville et déjoua le calendrier des fêtes, créant ses propres lieux, ses propres dates. »

Parlant de sa génération, la génération du film, Ariel WIZMAN écrit L’immédiateté est leur date de naissance. Une définition qui peut résumer la trajectoire des témoins du film. Focus sur cinq d’entre eux.

Ariel WIZMAN est passé par toutes les galaxies (médias ; raves ; clubbing) à l‘instar de son ami Pat Ca$h dont il parle ainsi ( dans Technikart en 2007 ) :

Ce qui frappait chez Pat Cash, c’était cette sensation qu’il était en tous points son propre auteur… Aussi free que les parties que nous organisions alors.

A la fois omniprésent et inclassable, Ariel Wizman aurait importé en l’an 3.0, le « cross-over » des 90s- ce sens de la mixité, cette faculté à faire se côtoyer des données improbables, voire antinomiques ?

JUAN TRIP alias Basil a vécu fin 70 avec ses parents, dans une communauté hippie. Ses activités artistiques font la passerelle entre l’esprit psychédélique et la musique électronique. Que ca soit à travers ses compositions musicales ou les soirées qu’il initie, comme les raves Fantom, au sein d’un collectif, début 90. Les divers lieux : chapiteau, site naturel breton, hangar parisien… sont détruits sitôt après. Des mini-TAZ. L’info ne circule que par bouche à oreille ou médias initiés, dont l’émission de Patrick Rognant sur FG. Ces raves seront plébiscitées : On n’est jamais à l’abri du succès dixit l’intéressé mi-figue, mi-raisin.

Patrick ROGNANT transmet son savoir musical, pointu et d‘avant- garde, depuis plus de trente ans. Peu ont pu mettre un visage sur la voix mythique de l’émission Rave up de FG, qui a sévi sur les ondes de 1991 à 2002. Ses annonces de soirées étaient une messe radiophonique. Ce journaliste musical ne se contentait pas de propager l’information mais, d‘aller sur place tester les raves. C’est lui qui a amené FG à faire une programmation 100% techno : Tout était sérieusement improvisé.

Manu CASANA a fait le pont entre le punk et la techno, en créant un label punk hardcore : Auto Da Fé qui a abrité ( notamment ) le groupe de Pat Ca$h, les Cosmic Wurst, puis, le premier label techno house en France : Rave Age Records sur lequel a débuté ( entre autres ) Juan Trip. Organisateur de raves et de soirées depuis 1989, son goût pour la liberté et sa passion n’ont jamais faibli. Il est un Robin des Bois de la techno, donnant une dimension politique à la fête et à la musique. Cassons les murs, les origines, les races, les cultures… Voilà ce qu’on a fait.

Valérie ZERGUINE appartient à la galaxie médias aussi bien qu’elle a fait partie de celle des free parties. Journaliste pour Technikart et Art Press, au bureau la semaine, en « teufs » le week-end, elle a fréquenté de près le collectif Spiral Tribe. Elle est l’historienne du film, résumant les filiations entre les courants hippie, punk, puis les raves. Investir un lieu qui n’est pas dédié à la fête, ce n’est pas le recycler, c’est le décycler….

A propos de Xanaé Bove

Après des études de littérature à Paris VII et de Cinéma à la Faculté de Paris VIII- St Denis, Xanaé Bove obtient un diplôme de scénariste à la FEMIS. Puis, elle réalise une dizaine de court-métrages de fictions ou vidéos à la lisière fiction/expérimentale, diffusés entre Paris et Berlin qui seront salués (entre autre) par la coupe Juliet Berto et une rétrospective de ses court-métrages à la Cinémathèque de Paris (avril 2011). Elle travaille comme consultante et lectrice de scénarios, directrice de casting et vidéaste sur deux pièces de théâtre. Alors qu’elle rédige son projet de long-métrage, la Réalité dépasse la fiction : son premier long sera non pas une fiction mais, un documentaire. Ainsi est né Ex-TAZ. X.B est également journaliste pour le webzine Culturopoing et le magazine Gonzaï. Elle vient de participer à la rédaction d’un livre hommage au réalisateur Hal Hartley, pour les éditions Lettmotif.

Entretien avec Xanaé Bove

-Comment vous est venue l’idée du film ? Je viens de la fiction –j’ai réalisé une dizaine de courts-métrages- et pourtant, ce documentaire s’est imposé comme une évidence. Le soir où j’évoque à deux de mes « inspirateurs » mon projet de long métrage en leur proposant de jouer des personnages qui ont bien connu l’hédonisme 90s, les voilà partis dans des récits savoureux liés à cette époque. Solo, producteur phare de hip hop et DJ, énonce clairement l’état d’esprit des années 90 :

A l’époque, Paris nous appartenait.

Léa Drucker et lui renchérissent sur une icône underground de l’époque, Pat Ca$h, ses frasques et son mystère. La réalité dépasse la fiction. C’est décidé : mon premier long-métrage sera un documentaire sur une période charnière qui n’a pas encore été traitée cinématographiquement. Je suis d’autant plus impliquée qu’il s’agit de parler de ma génération.

- Comment en avez-vous conçu la narration ? Ex TAZ ( Citizen Ca$h 1987-1994) se présente comme une réponse française et nineties au livre-culte Please kill me qui raconte le punk anglo-saxon à plusieurs voix, la même scène étant redécoupée en autant de points de vues. Les liens entre les différentes intervenants opèrent des croisements dans leurs prises de parole, la notion de communauté, voire de communion, étant très forte à l’orée des premières raves. En me documentant, j’ai découvert des rapprochements inattendus et irrésistibles entre des acteurs des galaxies hardcore, hip hop, médias, funk ou techno…

Galaxie en lui-même, Pat Ca$h est le fil rouge de mon documentaire, car comme le dit Loïk DURY :

Il habitait la chapelle de son époque

. C’était ça sa tribu. La tribu c’est que tout était possible et les choses changeaient. Ex-TAZ est un film hors-la-loi à deux voies (narratives) : L’Histoire : évolution de mouvements underground depuis les prémisses du punk hardccore et de la funk jusqu’à celles des raves. Les histoires liées à Pat Ca$h, électron libre, qui a traversé toutes ces galaxies, jusqu’à disparaître de la scène parisienne, voire des archives.

➞ Les rencontres que vous avez faites pour ce film vous ont-elles influencé ? Plutôt deux fois qu’une ! La spontanéité et l’enthousiasme toujours palpables lors des entretiens ont donné le ton au film qui se veut avant tout une célébration des années 90 et de leur énergie et non, un hommage nostalgique. Un récit de l’intérieur par ceux qui ont participé, créé et vécu cette époque, dans un esprit de liberté et de gratuité totale. Ces pionniers m’ont gratifié de leurs témoignages. Ex-TAZ est avant tout la résultante de ces échanges ; une balade à plusieurs voix sur les traces d’un passé, non pas révolu, mais qui ricoche de façon explosive, entre feu d‘artifice et bombe- à la façon des habillages et effets psychédéliques, créés tout spécialement pour le film, par Mâa ( programmeur et artiste du numérique, de renom international).


➞ Pouvez-vous nous en dire plus sur la présence dans le film des citations du livre de Hakim Bey, TAZ ? J’ai intégré à la narration des extraits d’un livre culte des années 90  : TAZ d’Hakim BEY car il a été la bible de nombreux raveurs, travellers et squateurs, en théorisant ce que mes jeunes héros d’Ex-TAZ ont vécu inconsciemment. Ecrit en 1985, cet essai a une vision quasi prophétique du futur (internet, la société du spectacle… ). Sa langue poétique est galvanisante. Un de ses leitmotiv est l’importance de l’invisibilité et le fait de disparaître. En ce sens Pat Ca$h est une métaphore de la TAZ.

A notre époque de surexpositions via les réseaux sociaux, de loi de surveillance généralisée… le fait d’être invisible devient indissociable de la notion de liberté. Nous avons eu envie avec l’artiste numérique, Mâa, de décliner graphiquement ce principe de la disparition. Le texte de Hakim Bey devient un repère permanent, l’ancre jetée par les pirates du livre et mes flibustiers parisiens, l’encre qui vient éclabousser le film régulièrement.

➞ Etait-ce aisé de trouver des archives ? Ca a été une véritable quête du Graal car comme le dit joliment Léa Drucker :

Je n’ai pas d’images autres que mentales de l’époque.

Ce qui est le cas de quasi tous les intervenants du film. Photographier ou filmer lors de ces soirées libres et sauvages, était mal vu. De plus, c’était l’époque préhistorique du digital et des lourdes caméra vidéo. Heureusement, quelques pionniers m’ont prêté des images : le photographe Yoshi OMORI qui a immortalisé le terrain vague de Stalingrad, bastion légendaire du hip hop où officiait Dee Nasty ; Foc KAN qui a photographié les mythiques fêtes sauvages de Pat Ca$h et n’a jamais publié ces clichés. Ou encore, Michel MULLENDER qui a filmé les premières raves – en ayant déjà un montage en tête… Enfin, radio Nova et FG nous ont permis de redécouvrir des pépites sonores.

➞ A propos, comment avez-vous choisi vos musiques ? J’imagine que c’était important pour le film ? Très, car par son thème-même - l’exploration du Paris libertaire du temps où régnait le cross-over1 -Ex-TAZ a le ton d’une ballade, au sens de promenade et de son origine médiévale : la ballade était un « poème chanté » en raison des saltimbanques qui se déplaçaient sans destination particulière et chantaient des ballades pour demander l’aumône. Des pirates, raveurs avant l’heure. A époque cross-over, partition ad hoc. La bande-son est un mélange de tubes de l’époque, de musiques plus rares (des scènes punk hardcore et surtout, techno ) et de gimmicks musicaux que j’ai choisis : Rock’n’roll station de Nurse With Wound dont le refrain est Everything is possible ( Tout est possible) scande Ex-TAZ.

Windowpane de Coil est le mantra psychédélique, relatif au bien-être lié à l’ecstasy, drogue phare des 90s. L’hymne générationnel de Jaydee, Plastic Dreams, ouvre et ferme le film. Un hommage est rendu au premier label techno house français, Rave Age Records, dont divers artistes ont prêté leurs musique. Ainsi, figurent dans le film, plusieurs morceaux de Juan Trip, ainsi que Discotique et Pills. La musique est indispensable au film qui obéit à un rythme tendu, presque frénétique à l’image de l’époque où l’urgence était le mot d’ordre. Comme le rappelle ENZO de la galaxie hardcore ( ex-membre des Comsic Wurst, le groupe de Pat Ca$h ) : Tu veux jouer de la guitare, c’est maintenant. Tu sais pas jouer de la guitare, tant pis. EX-TAZ souhaite rendre compte de cette énergie brute, salvatrice.

1(Cross-over : terme en vogue début 90 pour désigner la mixité)

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Unique article paru sur Pat Ca$h dans Actuel-1991