31 octobre 2012

Pays rêvé

Un film de Jihane Chouaib
Production : Iskra et Orjouane production
Langue : Français, Arabe
Son : Stéréo, 5.1
Format : Vimeo, Fichier numérique, DCP, VOD
Versions disponibles : VFR, VENG

Comment rentrer « chez soi » quand tout a changé, quand on a passé sa vie ailleurs, quand on est devenu « un autre » ? Libanais de l’étranger, enfants de la guerre, quatre artistes partagent une quête, celle du « pays rêvé ». Nada Chouaib, Patric Chiha et Katia Jarjoura arpentent le Liban ; Wajdi Mouawad décide de rester au-dehors, laissant ses mots tracer le chemin. Une aventure intérieure à travers souvenirs, fantasmes et émotions. Pour tenter de nous ressaisir de ce qui nous a construits. Et conquérir la liberté de réinventer nos identités.

Entretien avec la réalisatrice

La question de l’exil, du retour, des racines t’accompagne depuis un bon moment. Comment a évolué ta pensée durant les années ?

J’avais trois ans lorsque j’ai quitté le Liban. Nous fuyions la guerre. Comme un grand nombre d’êtres humains aujourd’hui, l’endroit où je vis n’est pas celui où je suis née. J’ai un parcours d’exil, d’émigration, sur plusieurs pays. Alors, d’aussi loin que je me souvienne, je suis obligée de me demander qui je suis, de quoi je suis faite. Je suis tenue de questionner mon identité. Je ne veux pas – et ne peux pas - me définir comme faisant partie d’une communauté : Libanaise, ou Française, ou Mexicaine...

Pourtant, quelque part au fond de moi, il y a un lieu que je rêve et que j’appelle : “Liban, mon pays”.

Que reste-t-il de l’origine lorsqu’on a vécu toute sa vie ailleurs - dans un autre pays, dans une autre langue ? Comment retourner dans un pays qui a changé en notre absence ? (ou qui n’est pas ce que la famille nous en avait raconté ?) Et lorsque l’on se sent étranger même dans son pays d’origine, peut-on encore s’en réclamer ?

Ce film est né d’une conviction profonde : cette coupure, cette torsion spatiale et temporelle que vivent les Libanais de l’étranger confrontés à leur pays d’origine, rejoint une expérience intérieure que tout le monde peut ressentir. Cet exil-là, le nôtre, est simplement une forme plus extérieure et plus aiguë d’une perturbation identitaire qui concerne chacun. Ainsi, en explorant une possibilité d’identité libanaise qui ne serait plus liée à la terre, à la langue ou à la religion, on pourrait trouver une manière de repenser autrement la notion d’identité, une manière de la libérer.

En sillonnant le Liban avec d’autres exilés en quête de leurs origines, je tente de me ressaisir de nos « pays rêvés », nos territoires intérieurs, nos sensations enfouies, les mythes qui nous fondent. Je cherche à comprendre comment nous nous construisons une identité, comment nous l’imaginons, et comment, peut-être, nous allons jusqu’à la ré-inventer.

Dans le film, tu nous dis que le déclic du film a été une phrase de Wajdi Mouawad. Peux-tu nous parler de cet instant décisif ?

Lire Wajdi, c’était l’impression, pour la première fois, que quelqu’un parlait pour nous avec exactement les mots qu’il fallait pour le dire. Cet exil-là. Cette guerre-là. Cette génération. Des mutants. Je n’étais pas seule. Nous existions.

« L’enfance, comme un couteau planté dans la gorge. » Cette phrase n’a pas été le déclic du film mais un déclic personnel. C’était pour moi une manière de dire « la guerre en nous », la guerre de notre enfance continue à vivre en nous, à nous constituer. Nous qui n’avons pas vécu, comme les autres Libanais, toute une vie sous les bombes, et qui du coup n’avons pas vraiment le droit de nous dire Libanais, nous avons quand même cette guerre en nous. Nous les adultes, nous co-existons quand même avec cet enfant souffrant en nous.

A partir de là, une question n’a cessé de se poser pour moi et de me guider dans la réalisation de ce film : qu’est-ce que c’est cette part d’enfance, à la fois douceur et massacre, âge d’or et cauchemar ? Est-ce que c’est ça notre identité, ce paradoxe ?

Combien de temps a pris la préparation et la réalisation du film ?

En quelque sorte je préparais ce film sans le savoir depuis mon voyage au Liban après les accords de Taëf en 91. J’étais adolescente et j’avais apporté avec moi une caméra amateur. Peut-être pour me constituer les films de famille que je n’avais jamais eus. Peut-être pour garder trace des destructions. Je n’arrivais pas à tenir cette caméra, elle ne cessait de trembler, de se déconcentrer, de baisser les yeux. J’étais tellement submergée d’émotions que je ne pouvais poser mon cadre nulle part.

J’ai commencé à écrire Pays Rêvé en 2006. Le retour de la guerre avait détruit en moi l’envie de fiction. A chacun de mes retours, j’ai tourné des petites choses, des sensations fugitives – j’explorais de quoi serait fait le film, je tentais de mettre le doigt sur cette idée de pays imaginaire, de pays intérieur. En 2008, j’ai préparé les trajets des personnages, j’ai commencé à définir des méthodes et une esthétique. J’ai tourné la majeure partie du film entre 2009 et 2010.

Wajdi Mouawad

Le film se déroule comme un voyage à la fois intérieur et géographique. Comment se sont dessinés l’écriture ou le montage du film ?

Depuis le début de l’écriture, mon pari a été de partir en quête d’un pays imaginaire en sillonnant le Liban. J’ai proposé aux trois personnages qui font physiquement le voyage avec moi de partir à la recherche de lieux qui étaient importants pour eux, dans la constitution de leur identité, de leur pays intime. Ces lieux devaient agir comme des portes vers l’imaginaire.

A côté des tournages en équipe, au Liban et en France, j’ai accumulé une matière très diverse. Je tournais seule, au fil des années, des plans hétéroclites, papiers, fruits, fenêtres, matières, cartes... j’étais guidée par l’image d’une mosaïque. J’étais surtout à la recherche de quelque chose qui me semblait à peu près indicible et invisible, une sensation qui s’appellerait Liban.

Au montage, avec Emmanuelle Pencalet, nous avons reconstruit les itinéraires géographiques des personnages en croisant d’autres lignes, plus intérieures. Il était important pour nous de faire ressentir, presque physiquement, l’état de perturbation et de sensibilité dans lequel peut nous plonger un voyage de retour. La présence immobile de Wajdi Mouawad à l’extérieur a enrichi ce sentiment en permettant de ressentir l’exil, l’éloignement, la frontière. Le trajet du film peut également se lire comme retraçant une chronologie de vie (l’enfance, l’adolescence, l’âge adulte) ou comme circulant à travers des thématiques (l’exil, la mémoire, les communautés, la guerre...), et des sensations (sentiment d’étrangeté, reconnaissance intuitive...). Et nous avons tissé tout un entrelacs d’associations, d’échos, parfois souterrain d’une parole à l’autre, d’une image à l’autre – qui raconte vraiment le film, qui en fait une expérience sensible.

Peux-tu nous parler de ton équipe et comment vous avez préparé le film ?

Il était important pour moi que le tournage au Liban se fasse avec une équipe libanaise.

J’ai beaucoup préparé seule, tourné seule aussi, des fragments intimes. Puis Josef Kaluf m’a rejoint. Il avait été délégué par Orjouane pour gérer le tournage et il s’est dépensé dans compter. Avec l’équipe de tournage proprement dite, les techniciens, nous avons assez peu préparé, nous avons vécu les choses comme un road-movie, improvisant sans cesse. Le chef opérateur, Sarmad Louis, a été une rencontre importante. J’aime beaucoup son travail et nous nous sommes très bien compris dans l’élaboration d’images qui cherchaient à faire ressentir l’imaginaire des personnages. Emmanuel Zouki, l’ingénieur du son, et Wajdi Elian, l’assistant image qui a également cadré certaines séquences, ont apporté, au-delà de leur compétence, un rapport personnel au sujet lié à leurs histoires familiales métissées.

Le tournage de 2009 s’est déroulé sur une période particulière, à l’ambiance sécuritaire électrique, qui rendait très difficile d’obtenir des autorisations de tournage : élections législatives, découverte d’un réseau d’espionnage, manœuvres israéliennes à la frontière. Ces évènements sont présents à travers la multitude bigarrée et anarchique des affiches et des drapeaux, les bulletins radio, l’activité de journaliste de Katia à la fête de la Libération organisée par le Hezbollah... Mais le film ne devait pas se laisser entrainer par cette actualité, il devait parvenir à être en quelque sorte inactuel, puisqu’il explore l’imaginaire des personnages, et à travers eux, à la fois le Liban d’autres époques, et le Liban réinventé par l’exil.

Qu’aimerais-tu faire ressentir ou faire comprendre au spectateur ?

Mon Liban, c’est ce film. Il n’existe pas et il existe quand même – parce qu’il se partage.

Mais Pays rêvé n’est pas un film sur le Liban.

Notre exil, c’est l’exil de tout être humain qui est obligé d’abandonner le monde de son enfance, même lorsqu’il reste au même endroit. On est tous obligés d’abandonner cette part de nous-mêmes, pour grandir, ou simplement pour survivre. Et en même temps, ce monde imaginaire est à nous, il nous fonde, nous nourrit, nous avons le droit de le revendiquer. L’explorer, le travailler, jouer avec, même, le réinventer - ça apporte une forme de liberté.

Comme personne, j’aimerais que ce film questionne le rapport de ceux qui le verront à leur propre identité, à leur propre pays rêvé. Comme réalisatrice, j’aimerais que ce film soit vécu comme un voyage intérieur et permette de toucher une sensation particulière, entre douceur et massacre.

Tu as abordé la fiction grâce à tes courts métrages qui ont été primés et remarqués. Penses-tu un jour réaliser une fiction en long métrage ? Si oui, quel en serait le sujet ?

Après le tournage principal de Pays rêvé, j’ai commencé à écrire le long-métrage de fiction que je rêvais de faire avant 2006. Il se tournera au Liban et il explore en quelque sorte le même domaine que ce documentaire – mais d’une manière tout à fait autre.

Les personnages

A quel moment as-tu structuré le film afin de mettre en parallèle les 4 personnages ?

Les quatre personnes à qui je propose l’aventure sont comme mes doubles. « Libanais de l’étranger », ils appartiennent à la même génération, celle dont l’enfance a été rythmée par la guerre civile. Ils ont appris leur pays en regardant cette guerre à la télévision, dans d’autres pays. De prime abord, leur identité semble surtout constituée par l’exil et non par le Liban.

Patric est né en Autriche, a étudié à Bruxelles et vit à Paris. Katia a grandi au Canada, elle a travaillé dans le Moyen-Orient, s’est posée un temps au Liban puis s’est finalement installée à Paris. Wajdi est passé de Beyrouth à Paris puis à Montréal avant de devenir intégralement nomade. Nada a vécu au Mexique, en France, au Gabon, en Italie... et maintenant à Jerez de la Frontera. Ils sont largement influencés par les images et les symboles produits dans leurs pays d’adoption. Qu’ont-ils en commun, à part un sentiment de coupure au centre de leur être, un désir de retrouver leur identité déviée ?

Chacun à sa manière, ils mettent la question de l’identité non seulement au centre de leur vie, mais au centre de leur travail, comme artistes. Ils ne se conforment pas à une identité préétablie, communautaire. Leurs parcours sont singuliers, leurs particularités intensément assumées. Ils se questionnent, ils cherchent. Chacun d’entre eux considère ce voyage au Liban comme un moment charnière dans sa propre quête identitaire, une manière de chercher à comprendre la place de leur pays en eux.

Chacun porte avec lui son histoire, son enfance, sa famille, son intimité… Mais leur subjectivité est aussi en lien avec des mondes plus collectifs. Les formules magiques de Wajdi ouvrent sur la matrice de la Méditerranée antique, l’imagerie de Patric convoque l’univers doré des années 60, les histoires de Katia plongent dans la noire fascination de la guerre. Le corps de Nada propose une lecture plus sensuelle, à la recherche d’une part d’Orient restée silencieuse.

Dès le début, ce qui m’intéressait dans le projet de ce film, c’était la multiplicité des points de vue, des imaginaires. Ils sont quatre, avec moi cinq. Ou un seul. J’assume leurs positions face au « pays rêvé » comme des possibilités d’être, différentes parts de moi-même. Leurs parcours sont comme différents mouvements ou moments, du rapport à soi, à son héritage, à sa propre identité. En ce sens, leurs regards peuvent être partagés par chacun et tous. Parce qu’elle est tout à fait intime, je sens que leur parole peut être universelle.

Parmi ces quatre personnes, il y a Wajdi Mouawad. Que représente-t-il pour toi ? Quel a été le cheminement pour que tu l’intègres au film ?

Pour moi, Wajdi est comme un frère d’âme, je me reconnais profondément dans son imaginaire, parfois au détail près. A travers des pièces comme Littoral, Incendies ou Seul(s), il a donné une voix, des mots, un corps agissant, à toute la génération errante et muette des exilés de la guerre. Et finalement, cette fracture intime qu’il met en scène appartient à tout le monde, résonne au-delà des exilés, convoquant tout simplement la difficulté de grandir, d’être soi et de se situer dans le monde…

Pendant plusieurs années, nous avons préparé ensemble sa venue au Liban, des itinéraires, des missions, des lieux... Pour finir, l’année où j’ai enfin pu déclencher le tournage, Wajdi ne pouvait pas venir au Liban. Il préparait le Festival d’Avignon, dont il était l’artiste associé, et où il présentait quatre pièces. Mais au-delà de ces circonstances ponctuelles, Wajdi m’avait confié qu’il s’était mis à craindre le retour que je lui proposais. En exil, le Liban avait fini par devenir pour lui un espace poétique plus que géographique. Et il se demandait si la réunion des deux espaces, la mise en œuvre de son Liban imaginaire dans les frontières physiques du Liban d’aujourd’hui, n’allait pas mettre en danger son monde intérieur, et même sa capacité de dire « je », de préserver son identité. Risque énorme, non seulement pour un artiste, mais tout simplement pour un être humain.

Wajdi Mouawad

J’ai filmé Wajdi à l’aéroport de Roissy Charles de Gaulle, dans une chambre d’hôtel. Un lieu de passage, de transit, qui constitue le seul point fixe du film et son contrepoint « de l’extérieur ». Wajdi est un homme de mots, qui les cherche, les précise, les peaufine, qui s’en sert pour créer des images. Ses images « verbales » se confrontent aux images « visuelles » que j’ai filmées pour lui au Liban, comme aux images que les trois autres personnages m’ont mené à filmer. Pour moi, ce choix renforce encore la part de l’imaginaire dans le film. Plus radicalement que les autres, le voyage de Wajdi est intérieur, voyage dans le temps, dans le souvenir comme dans l’Histoire, voyage dans un rêve de pays.

Nada

En fait, j’ai beaucoup hésité à demander à ma sœur de participer au film. C’est une personne très pudique (et moi aussi). Comme j’étais sûre que les mots de Wajdi devaient trouver leur place dans le film, j’étais sûre que le corps de Nada devait y être aussi. Ce corps et ces gestes de danseuse orientale qui marquaient un rapport aux origines si différent du mien. Si mon territoire intime est principalement fait d’images et de sons, le sien passe par la musique et le mouvement. Cette différence m’intéressait d’autant plus que notre parcours d’exil est le même. Comment, strictement à partir des mêmes bases, nous avons rêvé différemment notre pays et pris des chemins différents pour nous en rapprocher.

Ayant perdu sa langue maternelle, et même provisoirement l’usage de la parole pendant l’enfance, Nada dit qu’elle s’exprime plus par le corps que par les mots. Cette manière d’être au monde me permettait une autre porte d’entrée, plus sensitive, pour aborder le rapport à l’identité.

Et finalement, Nada s’est prêtée au jeu de la parole et l’a fait avec une sincérité qui m’a émue, qui a défini le niveau d’intériorité que le film exigeait, et m’a poussée à explorer plus précisément mon propre chemin et à oser devenir moi-même un personnage du film. C’était finalement pour moi la manière la plus juste d’assumer avec elles les propos des personnes que j’ai entraînées dans cette aventure.

Patrick Chiha

J’ai rencontré Patric dans un café de Clermont-Ferrand. Il s’est assis à ma table parce que je lui rappelais une personne de sa famille austro-hongroise. En le regardant, je me demandais d’où il était - sans doute un pays arabe, peut-être même le Liban - jusqu’à ce qu’il parle et révèle son accent autrichien. Soudain il est devenu une autre personne. Et quand j’ai appris qu’il avait en effet des origines libanaises, il est devenu encore quelqu’un d’autre à mes yeux.

En Août 2005, Patric est retourné au Liban pour la première fois depuis le début des années 80. Il a logé chez mes parents et je pensais lui servir de guide. Pourtant, c’est lui qui finissait par me guider : en me mettant à l’écoute de sa manière de réagir, en accompagnant un ami qui semblait marcher au milieu d’un rêve, je découvrais un autre pays que celui que je croyais connaître. Cette expérience a été importante dans la genèse du projet. Elle a confirmé mon envie d’un voyage à plusieurs, elle m’en a donné un avant-goût concret qui m’a guidée dans l’écriture.

Katia Jarjoura

J’ai rencontré Katia à Beyrouth, dans une salle de cinéma. Elle m’a tout de suite invitée chez elle, où des gens de toutes nationalités se retrouvaient, des expatriés, pour la plupart journalistes, reporters de guerre. J’ai alors appris que cette belle fille à l’allure de brindille revenait d’Irak où elle avait tourné son documentaire L’Appel de Kerbala en prenant des risques inouïs.

Je trouvais Katia inspirante comme un personnage de roman. Mais surtout, je m’identifiais profondément à ce rapport imaginaire déchirant qu’elle avait entretenu toute sa vie avec la guerre qu’elle n’avait pas vécue, la guerre de notre enfance, la guerre civile libanaise.

Contrairement à moi, et aux autres personnages du film, Katia a tenté de retrouver ses racines « sur le terrain », en s’installant au Liban, en travaillant au Moyen-Orient. Ce « retour » était très volontaire et ne s’était pas fait dans la facilité. Alors que sa famille est chrétienne du Nord, Katia a décidé d’aborder le Liban par le Sud, juste après le retrait israélien du début des années 2000, et elle a formé ses premiers liens avec des militants et sympathisants du Hezbollah qui lui avaient appris les premiers rudiments d’arabe.

J’ai voulu comprendre ses choix. Comprendre aussi comment, après dix ans au Liban, après avoir vécu la guerre de 2006 sous les bombes avec les autres, elle était toujours étrangère... - et pourtant Libanaise.

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